Quelques textes clés pour comprendre le style et l'état d'esprit transe-mutants...

* Le transe-mutant est-il un être libre ?

Contrairement aux idées reçues, le Prélude se place à la fin. Ce n’est que pour une garder une certaine cohérence de langage qu’on le place au début. Scolarité oblige. Pour une fois, j’ai préféré suivre l’ordre des choses. En effet, le prélude est une improvisation qui demande une grande maîtrise de l’artisanat et donc, un laisser-aller à l’écoulement de ces choses. C’est une forme informelle et prophétique issue de la nuit des temps et particulièrement appréciée des princes romantiques chinois. Cliquez pour en savoir plus...

* Conte "La voix du masque" :

T. Edelman : "Lors de la deuxième édition de la restitution de la formation des chorégraphes et danseurs à la Transe-Mutation au Bénin, j’avais en guise de discours, préparé en secret un joli petit conte pour annoncer le spectacle aux officiels. Celui-ci donnait un nouvel éclairage sur les concepts tordus de l’Unesco, du Quai Branly et des institutions du marché de l’art en général. Mazette, que n’avais-je pas dit ? Je n’ai jamais réussi à finir ce petit conte et  je suis parti sous les huées…"

 

La voix du masque

Certains ont dit que l’Afrique n’a pas d’Histoire. Outrés, les universitaires et les intellectuels pleins de bonnes intentions se sont précipités pour prouver que l’Afrique avait bien une Histoire, avec un grand « H », s’il vous plaît.                                      
En repensant à cette agitation avant de m’endormir, je me suis dit dans un petit coin de ma tête que l’Afrique avait peut-être beaucoup mieux que l’Histoire avec un grand « H » : elle a des contes. C’est ainsi que cette nuit-là j’ai fait un rêve. Le voici :
                                                     ***
Je me promenais en Afrique par une belle journée d’été, et je m’apprêtais à traverser le carrefour, quand tout à coup, je vois un Masque qui court vers moi ; affolé. Il était à contre-jour ; je ne voyais ni sa couleur, ni son sexe ni son âge. Il me supplie : 
  « -   Cachez-moi, cachez-moi vite !

  1. Et bien !? Que se passe-t’il pour vous le Masque ?
  2. Je me suis enfui ! Je me suis enfui de la prison !
  3. De la prison ? Mais quelle prison ?
  4. Le Musée du Quai Branly. Vous connaissez ?
  5. Ça alors ! Et moi qui pensais qu’ils étaient ouverts à toutes les cultures !
  6. Oui oui justement… ils m’ont emprisonné au nom de la Culture.
  7. Vous n’étiez pas à votre aise dans la Culture ?
  8. Ah non. PAS DU TOUT. On y est mal traité. Tous les jours, des gens viennent vous observer. Aucune intimité. Il fait tellement froid. Régulièrement, des experts de toutes sortes et de la pire espèce viennent interroger les Masques. Ils pensent qu’ils peuvent percer notre mystère. Je ne les comprends pas. Je reste muet. A quel prix ! Ils vous décortiquent, vous calculent, vous retournent dans tous le sens, vous braquent des lumières et des instruments bizarres. On nous passe régulièrement à tabac.
  9. Ça alors ! Et moi qui pensais qu’on défendait le Patrimoine,  l’Humanité, la Diversité et l’Universalité. »

A l’écoute de ces quatre mots, le masque se recroquevilla comme un animal blessé.

  1. « Ah non… non… c’est justement ces mots qu’ils disaient… en nous frappant… je ne veux plus les entendre… je n’appartiens à personne… je ne suis pas une catégorie. Voilà c’est comme ça : toutes les nuits au Musée, les Masques tombent et les Masques se mettent à pleurer. Mais personne n’entend rien… car là-bas… ils ne savent plus écouter… Même les murs… ils ont perdu leurs oreilles… ».

Il ne s’arrêtait pas de pleurer. J’essayais de le consoler en lui disant qu’il était revenu chez lui en Afrique, et que tout se passerait bien maintenant. Il me répondit que cette histoire lui avait fait perdre la tête, et que maintenant il se sentait un étranger partout où il allait. Je ne savais plus quoi dire quand tout à coup, il se redressa et cria :

  1. « Je suis cerné ! Regardez ! Ils me cherchent ! Là en face : les soldats de l’Unesco. A droite : les anthropologues et les universitaires. A gauche : les marchands d’art, les douaniers et les politiciens. Derrière : les collectionneurs, les touristes, les artistes et les directeurs des Musées de France et d’ailleurs. Ils se sont tous alliés pour faire la peau du Masque. Cachez-moi, cachez-moi vite !
  2. Comment ?
  3. Ouvrez votre cœur avec courage et prononcez ce mot !
  4. Quel mot ? »

Il me chuchota un mot à l’oreille.
J’ouvris mon cœur avec courage et je prononçais ce mot.
Un rayon de soleil et le masque disparut. J’étais devenu le Masque.
C’est alors que les troupes alliées de l’Unesco, du Ministère, du Musée, des Consommateurs et des Artistes me cernent et me demandent, si par hasard, je n’ai pas vu passer un Masque. Je leur fais tranquillement remarquer que les Masques ne se déplacent pas… tout seul, et … qu’ils ne parlent pas non plus,…et que très certainement… ils poursuivent une chimère. Ils ne prêtèrent aucune attention à mes remarques et reprirent leur course de plus belle. Ils ne m’ont jamais démasqué.
Pour la petite histoire, le mot que m’a chuchoté le Masque, c’était :  «Aché » que l’on pourrait traduire par « Transmission ».

 

                                                    FIN

 

 

 

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