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                                                                                       Aux baleines

Comment j’en suis venu à écrire ceci ?

 

                                   Le tumulte de nos spectacles, de nos amours et de nos interrogations avait fini par faire exploser une bombe au cœur de notre compagnie : personne ne savait plus où il était. Deux destins s’offraient à nous : refaire surface et conclure la dissolution en cours, en prenant chacun des chemins séparés. Ou bien plonger ensemble plus profond dans l’oeil du cyclone, pour y déterrer nos racines enfouies. Nous avons tous choisi de couler. Eli Logel, fondateur de la compagnie, ami de la Duc et de Pie, comme un phare au milieu de la tempête, a été pour nous l’Etoile du Matin. J’ai ressassé, digéré et consumé ses paroles avant d’écrire. Je suis loin d’en avoir épuisé les sens. Ces phrases sont des rescapés de ce naufrage salvateur. Argonautes, témoins et ménestrels.
                                        Mais attention, ces phrases ne sont ni un manifeste, ni une philosophie, ni un roman, ni une poésie.

---ceci n’est pas un texte---

C’est une Fantaisie Sonore non encore classée, dont le son a comme vertu d’interpeller et de déranger, de faire rire et pleurer.
                                   Ainsi donc, n’essayez même pas de comprendre les phrases de cette Fantaisie Sonore, mais laissez les sons s’écouler dans les airs ; simplement. Je viens de vous livrer le secret que la tradition africaine m’a donné : « Ecoute le tambour : il parle. »
                                   Cette Fantaisie Sonore est un geste d’amour et de rage. Geste qui ose toutes les erreurs. Geste mature inaugurant une insurrection joyeuse. Un geste jouissif et libérateur. Geste de vivant. Un de ces simples gestes qui semble abolir toute une civilisation.

 

 

Ouverture a la fugua

Flamme_01 flamme_12.gifQU’EST-CE-QUE LA TRANSE-MUTATION ? 

QU'EST-CE QUE LE TRANSE-MUTANT ?

 

 

                            J’ai conçu ce premier texte à partir de mon expérience. Il a été écrit d’un seul élan, dans un souci de clarté, de rapidité, et surtout : de cohérence générale. De cette manière, chacun pourra en ressentir l’esprit, qui a été mon guide. Esprit qui s’enracine autant dans un tronc commun, un fonds culturel, que dans l’actualité, l’avenir et la fantaisie. En un mot un esprit de transmission. J’espère que cette « Ouverture a la fugua » permettra par ailleurs, d’éviter les projections, les malentendus et les réductions hâtives, qui amènent tant de confusions. Elle aidera ainsi en répondant à ces questions : De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui est en jeu ? Où se situer ? Est-ce que je désire participer ? De quelle manière ?
                            J’ai suivi le parcours de la scholastique  philosophique. Cela tout à la fois, m’amusait et me tenait à cœur. Me tenait à cœur, parce que ce clin d’œil à la philosophie est un lien à une des entreprises les plus délirantes de l’être humain. M’amusait, parce que la fantaisie ne se donne jamais aussi bien que dans des cadres scolaires intouchables et abandonnés. Cela étant dit, les connaisseurs remarqueront qu’au cadre traditionnel de la scholastique, j’ai adjoint une dernière partie (Art de la fugue), qui me semble-t-il, faisait grandement défaut à la philosophie. J’y ai remédié ( petite gourmandise de bouffon…).
                            Ecoutez ce texte, non comme un manifeste, mais comme une Ouverture musicale, dont les thèmes sont présents dans une large mesure, mais qui attendent, d’être plus largement encore, développés et entremêlés. Ni dogme, ni exhaustivité, mais plutôt des spirales infinies, qui donnent à cette pensée du mouvement, une cohésion intraduisible. Ainsi, pour autant que ce soit une écriture, elle garde en elle les traces de l’oralité, vers laquelle je tends comme à des mots perdus. 

 

 

           
I- Définitions et fondements (Ontologie)
II- Esthétique
III- Politique/Ethique
IV- Art de la fugue

 

 

I- Définitions et fondements (Ontologie)

 

La transe-mutation : I-Un concept II-Un logo III-Un schéma.

 

            I-Un concept

Transe-mutation 
Etat mystique et visionnaire né d’une « expérience » du « Néant ». Une certaine « Grâce » accompagne cet état.
Cela crée un état général de l’être humain, qui se relie d’une nouvelle manière aux forces de la cité et du cosmos, et aux forces de vie et de mort.
Cet état d’éveil est soutenu, d’une part : grâce à l’intensité et la persévérance d’une pratique du corps et de l’esprit, et d’autre part : grâce à d’innombrables voyages.
Il est naturellement sous le signe du mouvement, du créatif, de l’holistique et du syncrétique.
Il vise ainsi un certain apaisement avec soi-même et avec les forces du monde.
Cet état ne prend sens et existence que dans la mesure où il est partagé et transmis, quelle qu’en soit la forme.
L’activité artistique est une des voies possibles.

 

 

Néant 
 Malgré tous mes efforts de définitions et de représentations scéniques ou autres, je sais que le cœur du sujet n’est pas abordé. Il n’est pas dit. Et pour cause : il s’agit d’un indicible, avec son lot de paradoxes : indicible, dire ce qui ne peut être dit, innommable, impensable… impossible… néant : « ce qui n’est pas »…
 Il ne s’agit pas de la mort, liée intrinsèquement à la vie. Ce quelque chose qui n’est pas quelque chose, a fait explosion sans faire explosion. Dans mes grands jours je suis comme illuminé par cette immensité impossible, comme si j’avais franchi la limite de nos modes d’expression et touché à la vérité. Il s’ensuit une incroyable légèreté, une grande santé, un rire irrésistible, une joyeuse distance, un humour fou et une sorte d’abandon...le grand air ou la grande nuit, le grand quelque chose ou le grand rien…c’est ce que j’appelle « la Grâce ».
Dans mes petits jours, je préfère ne pas y penser. C’est tout.
            De toutes les façons, je pressens bien que cette « expérience » de ce qui n’est pas, fait ce que je suis. C’est complètement absurde, mais dans ce « domaine » (on est obligé de mettre des guillemets partout), tout le monde patauge (je ne suis pas seul !...).
Enfin bon. Il faut quand même savoir que toutes mes galipettes mentales et physiques sont faites dans l’espoir de faire passer cet impassable. Que voulez-vous, cela relève d’une « expérience » si intime, aux limites de notre être que bon…c’est sans doute de la folie furieuse que de s’acharner à transmettre l’intransmissible…mais parfois … peut pas s’empêcher… peut être qu’au détour d’une phrase, d’un chant ou d’une danse : « plié, tendu, ondulation, échappé… » qui sait ?

 

 

            II-Un logo (ce qui parle)

Forme générale : référence à la préhistoire, aux cultures archaïques, à l’ésotérisme.

    Descriptif.  le logo : photo sur le vif d’une transe-mutation.

 

Une entité :
         - Des griffes et des sabots : le félin ou la mort (Egypte). Le cheval ou le tambour-tonnerre, le sacrifice ou la chevauchée (Brésil, Sibérie). La chèvre ou la tragédie (Grèce : le chant du Bouc, la transe, le sacrifice. Les forces qui dépassent l’homme. Le destin. Dionysos)
                     - Une croupe, une poitrine et une queue : la femme ou la gestation, la poitrine ou l’abondance (représentation de la déesse mère : néolithique, première divinité). La queue comme équilibre de l’animal. Les cycles.
                     - Un bec et des branchies : l’oiseau ou l’ascension céleste, le poisson ou la descente aux enfers (chamanisme).
                     - Des mains, un bâton et une station debout : les marques de l’être humain. La main gauche (voie sèche dans le tantrisme, ou voie ésotérique). Signe de la protection et du carnaval (Inde). Signe des trois mondes. Le bâton : le pouvoir (Torah), le serpent cosmique, l’ADN. Le réveil des morts (danses sacrées). La sagesse et l’arbre de l’univers qui est le pilier central du monde où se joignent les chamans pour passer d’un monde à l’autre.
La station debout : l’effort de l’éveil, l’acte créateur (le mouvement par le déséquilibre), la vérité exposée (Platon). La liaison, la danse.

Un cosmos : - Les trois cercles ou les trois mondes :
   En bas : (le ventre ou les jambes) monde des ancêtres, des morts, du temps, des pulsions, des forces chtoniennes.
   En haut : (tête) monde du divin, de la lumière, de l’éternité, du détachement.
   Au centre : (cœur) mélange des deux ; une planète en gestation, les forces du chaos et de l’harmonie. Le passage, la naissance, la mort, la conscience, la destinée, la diversité, la liaison.
        Ces références spatiales et corporelles se retrouvent dans toutes les traditions. La tripartition chez les Grecs (Aristote), la Kundalini et les chakras chez les hindous, la Kabale (chez les Juifs) et notamment le cœur comme centre de liaison, voire même Freud avec la structure psychique du surmoi, du moi et du ça.

Un mouvement :
                            - Le blanc et le noir : le principe des contraires (Ying-Yang), la dialectique. La puissance complète de l’hermaphrodite, l’interpénétration (le bâton à la fois phallus et vagin qui répond à la queue en couleurs contraires), l’équilibre juste.
                            - Le rouge de la flamme : le souffle, le principe vital, l’Axé, la Kundalini, le monisme, l’ADN, la création, le désir, la connaissance, le principe de liaison.

Conclusion :
La transe-mutation est l’interpénétration d’un cosmos et d’un mouvement au sein d’une entité qui devient alors le théâtre des forces. Le logo en est un symbole visionnaire. Le transe-mutant est celui ou celle qui est animé et traversé par ces forces. Il les a faites siennes autant qu’elles l’habitent.
Le principe de liaison dépasse l’entité, car il relie en soi et hors de soi : c’est la transmission. Le chaman est une des figures marquantes de celui qui peut se transmuer et passer d’un monde à l’autre. De plus, il assure les liens mystiques et conserve les secrets les plus profonds d’une communauté. Il est essentiel pour celle-ci. Le transe-mutant se distingue du chaman dans la mesure où il ne forme pas une classe particulière et où il ne se destine pas à une seule communauté, mais bien plutôt à faire le lien entre les communautés. Quoi qu’il en soit, l’un comme l’autre sont des passeurs et des intermédiaires.

 

           
III-Un schéma (manière d’être, figure géométrique)

Forme générale :

1- type de représentation rationnelle

2- référence à la science moderne et contemporaine.

But de ce schéma :


                 - [Histoire] Montrer que l’histoire de la « raison » dépasse très largement l’Occident et que ce type de pensée est aussi lié à l’emblème transe-mutant, autant dans ses origines que dans ses significations vieilles comme le monde.


                  - [Positionnement] Liaison à la science moderne et contemporaine, non comme recherche de la Vérité et séparation de l’objet et du sujet, mais comme activité concrète aux prises avec la matière, qui apporte des découvertes porteuses de sens pour le mouvement de transe-mutation.


                   - [Idéologie] Afin de casser la barrière entre ésotérisme et rationnalité, entre l’idée d’une science qui rassure et d’un délire qui fait peur, ou le contraire. Cette barrière a pour origine autant un mode de fonctionnement mental, que culturel ou psychologique. Je propose une alliance et non une séparation, vers une pensée cohérente et une pratique adaptée à ce siècle. Alliance qui n’a rien de nouveau, mais qui, comme le montre l’histoire, peut être rompue.
Ce positionnement touche aussi bien le rapport à la science que le rapport à la technique. Je prends ce que la technique apporte sans terreur ni utopie. La technique vient de l’être humain et par là même de la nature. Il n’y a pas à avoir plus de terreur envers la technique que la nature. De même, les fantasmes d’immortalité ou de pleins pouvoirs portés par la technique sont une utopie, dans la mesure où la mort fait partie intégrante de la vie, et où tout pouvoir crée son contre-pouvoir.
En somme, le mouvement transe-mutant est autant liée à la préhistoire qu’au futur. L’aventure humaine s’inscrit autant dans la préhistoire que dans l’histoire contemporaine. La transe-mutation retisse les modes de pensées et les forces sous-jacentes. C’est ce que j’appelle le carrefour de ponts. Ce positionnement est indispensable pour espérer toucher à un état de compréhension et de vision, inhérent à l’état de « grâce » qu’est la transe-mutation.

Explication :

Dans sa globalité, le schéma représente les forces en présence dans une entité en transe-mutation.
La ligne verticale se rapporte aux trois mondes, H (haut) ou les forces célestes, B (bas) ou les forces chtoniennes, et le Centre (chaos/harmonie) est l’entité entière.

La ligne horizontale se rapporte aux forces du Centre : la diversité culturelle entendue au sens large.

Les « > < » indiquent que les mouvements se font de part et d’autre i.e. sous le signe de l’échange et tous les échanges réunis sous le signe de la circulation.

 

-----  Indique la définition spatiale et temporelle d’une entité i.e. son existence même.

 Par exemple ; spatiale : un corps, temporelle : un moment => un corps dans un certain moment. C’est donc la notion de frontière de temps et de lieu. En pointillés, car la frontière n’est ni fermée ni immobile : c’est ce qui permet la circulation avec l’extérieur. C’est la notion de frontière ouverte et modulable qui définit une entité vivante i.e. circulant avec d’autres entités.

 

Théorème :
La transe-mutation est le schéma en tous ses éléments reliés.

 

Généralités :
 C’est le croisement entre les trois mondes qui crée un champ de transe-mutation. La notion de champ vient de la théorie de Maxwell, qui fut revisité par la théorie des quantas pour savoir comment se diffusait la lumière (onde ou particules). Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, c’est le problème de l’unité et du sens.
 En effet, soit on considère le champ comme un support (Maxwell) à partir duquel on lie la diversité et on lui donne un sens (Kant et le sujet, Platon et les idées, religions monothéistes…), soit on considère que la diversité se lie d’elle-même (quanta, Epicure…) et donc qu’elle prend sens dans son propre mouvement, en dehors d’un champ préalable. La transe-mutation est proche de la notion quantique (bien qu’il n’y ait pas de dualité onde/particule), dans la mesure où c’est la rencontre qui crée une possibilité de transe-mutation, celle-ci ne dépendant pas d’une idée a priori, ni même d’une unité synthétisant de la diversité. C’est pourquoi je dis que la transe-mutation est une interpénétration et une interstructuration.
            Interstructuration, car en référence aux sciences humaines (ethnologie, sociologie, linguistique), je ne fais pas dépendre la rencontre transe-mutante d’une superstructure universelle. Interpénétration, car il y a un acte physique à la manière d’un enfantement.
Par exemple dans une composition artistique : un thème ou geste de type indien se mélangeant de lui-même avec un autre thème ou geste de type brésilien. Je ne vais pas cherche un sens, un support ou un principe pour les élaborer ensemble. Je ne vais pas chercher de tiers interférant. Je les laisse s’interpénétrer et s’interstructurer eux-mêmes. De là sortira un nouveau thème ou geste défini dans l’espace-temps. Le champ s’est créé lors de la rencontre. C’est une des clefs de la transe-mutation.
 Mais on pourrait toujours dire qu’on arrivera à trouver une récurrence dans la manière de former les nouveaux thèmes. C’est le problème soulevé par Einstein, à propos des variables cachées dans les théories quantiques, du chaos et des probabilités.
Pour se positionner face à cette objection fondamentale, on doit définir quatre propriétés ou modes, qui sont d’autres clefs de la transe-mutation.

 

Propriétés :

  1. La rencontre se fait sur un mode organique qui implique la répétition. La répétition n’est pas une variable cachée, mais un rythme biologique soumis aux lois du changement.
  2. Si le champ du dedans n’est pas en tension, alors les structures ne se pénètrent plus ou mal, et l’inertie donne une variable, ou le mouvement devient prévisible ou encore, une structure devient le principe d’une autre. La rencontre se fait sur un mode de tension. On peut dire que cette tension est la confrontation des mouvements. Que cette confrontation soit violente ou fluide, il est nécessaire que les forces en présence soient aux prises au maximum de leur intensité i.e. de leur être. Sans cette forme de chaos, rien ne peut advenir.
  3. Si le champ du dedans est en tension, mais les frontières fermées, on arrive à des rencontres réussies, mais qui ne se renouvellent pas avec le dehors. Cela crée de fortes probabilités. La rencontre se fait selon un mode de circulation générale, dit mode de tension avec le dehors, impliquant le même mode de confrontation « aux prises ».
  4. Le mouvement du transe-mutant n’est pas un mouvement analytique. On ne trouve que ce qu’on cherche : si je cherche des variables, je finis par les trouver. Si je cherche à créer, alors je cherche la bonne position pour créer et non pour trouver des variables (en soi contradictoires avec la création). C’est la différence entre le chaos et la théorie du chaos. Et si les théories scientifiques sont utilisées pour la transe-mutation, c’est dans une optique créative et non analytique. C’est donc un mode créatif.

 

 

Conclusion 

 Comment se fait-il que sans variables, on puisse malgré tout, reconnaître une pensée, une attitude ou un style ? C’est le problème de la frontière et de la théorie des ensembles.
 Une entité transe-mutante est dans un temps et un corps donnés. Elle va donc vivre selon cette position particulière de temps, d’espace et de forme. On peut reconnaître cette position, et en tant qu’on peut la reconnaître, elle est vivante et limitée et donc nécessairement erronée (incomplète) et critiquable. Singulière et éphémère ; elle est dite mortelle. Une entité transe-mutante est identifiable parce qu’elle  est mortelle.

            Une entité transe-mutée n’existe pas en soi : elle naît de la confluence particulière de liaisons. Son origine, sa fin et sa forme vont et viennent d’ailleurs. En tant qu’elle naît d’une confluence particulière de liaisons, elle vieillit, elle diffère, elle meurt. La confluence particulière étant sa singularité éphémère, elle se transforme et se complète en chaque temps et en chaque lieu. Ce mouvement est celui de la transe-mutation de la mort en naissance et de la vie en mort, autant que du futur en passé, que du présent en futur. Une entité transe-mutante, en tant que confluence particulière de liaisons, est un passage éphémère entre plusieurs temps, espaces et formes.

           

Axiome 

Tant en son origine, qu’en sa vie, sa fin et sa forme, la transe-mutation n’existant pas en soi, mais étant une confluence particulière de liaisons ; elle est nécessairement un mode de transmission.

 

Remarque 
Dans le logo comme dans le schéma, je me suis aperçu, après coup, que je n’avais pas représenté le Néant, et pour cause…

 

 

 

 

II-Esthétique
      

            À partir de l’ontologie et des définitions générales de la transe-mutation, on peut comprendre l’intérêt de créer un art et une compagnie.

   Pourquoi un art ?
L’art est une activité naturelle de l’être humain. Il conjugue notre corps, avec notre esprit et notre environnement, par un réseau de sensations complexes, animé par l’inspiration. Il circule et se transmet, dans un lieu et un moment donnés (spectacle), à une société (public). Autrement dit, je vois dans l’art une manière naturelle d’être lié aux trois mondes (par l’inspiration) et la possibilité de transmettre et de faire circuler cette liaison avec ce qu’elle porte (la transe-mutation) lors d’un moment particulier ; le spectacle.

   De quel art s’agit-il ?
Le transe-mutant véhicule aussi bien ce qui a trait à la préhistoire et à nos origines (monde animal, végétal et minéral. Pulsions), qu’à ce qui a trait à notre histoire (constructions rationnelles, symboliques, mythiques, techniques et scientifiques). Cet art tente de se relier à ces généalogies par la transe-mutation.
S’agissant de spectacle vivant, c’est la construction d’un spectacle qui importe. Celui-ci a comme objectif, de donner la sensation ou/et la notion de ce qu’est la transe-mutation. Il y a une dramatisation à créer. Par exemple, le spectacle Orphanus-mystère est une dramatisation mythique de la mort et de la solitude qui trouvent leur apaisement dans une communauté infernale, après un long chemin initiatique. Bébé ardent est une dramatisation violente et burlesque de la naissance de la loi.
La transe-mutation en vue de sa dramatisation sur scène, demande à ce que le corps, l’esprit et les généalogies soient visés dans leur intégralité. Ainsi, tous les arts, les genres, les techniques et les cultures sont à exhumer et à entremêler. En effet : la transe-mutation en tant qu’art, demande qu’à l’intégralité des moyens d’expression, corresponde l’intégralité de l’être. Processus où les catégories s’effacent, et ne faisant plus sens : volent en éclats.

Toutes les violences et toutes les tendresses sont bonnes, pour rendre percutante la dramatisation transe-mutée de la musique, du geste, de l’énergie, du symbole, du mot et de la couleur. Cette manière oscille entre l’identification de la source d’inspiration et la fusion de ses sources.
J’entends le public désemparé tenter encore, de nommer maladroitement cet art qui échappe : danse-théâtre, musique pour scène, afro-indien, art pluridisciplinaire….  Bref, des termes confus et laids, alors qu’il s’agit d’un simple art de passage. Oui : des transitions, des zones frontières et des passages. C’est un mouvement perpétuel qui lie, délie et relie. Fugace et insaisissable. Ce sont des soubassements invisibles où le battement d’aile d’un papillon peut inaugurer soudainement un nouveau sens. L’art des vases communicants, où les forces s’entremêlent : « le silence de la danse dira le silence des mots et les mots le silence de la danse ». Art de transition et de complémentarité ; métier à tisser. Dans le même esprit que les cultures archaïques (Grèce : tissage des destins. Afrique : tissage du microcosme, de l’univers et de ses lois…), et que les théories modernes de modélisation et du chaos (entremêlement de composantes définies qui donne un objet indissociable, par exemple la pelote de laine.).
             Mais chaque spectacle demande une composition particulière, qui n’implique pas forcément l’utilisation immédiate de l’intégralité des moyens d’expression. L’inspiration - et la dramatisation qui s’en suit -commande en dernière instance, quels que soient la forme, les moyens et les sources. C’est sur l’ensemble des œuvres qu’on pourrait voir que l’esthétique transe-mutante tend à l’intégralité et à la complémentarité. Ensemble qui ne se limite pas à une personne, à une école ou à une théorie. Il n’y a pas de système clôt (contrairement à la  totalité wagnérienne, à la comédie musicale, à l’esthétique stalinienne ou contemporaine). C’est une esthétique ouverte en vue de la dramatisation la plus efficace possible de la transe-mutation. Et si les formes esthétiques et leurs dramatisations paraissent antinomiques, et finissent par exploser la scène et le public… eh bien tant mieux !
              On l’a vu dans l’ontologie : une transe-mutation est liée à un temps, un lieu et une forme donnés. Les axiomes sont valables aussi pour  l’Esthétique, qui advient par ses sources et ses ignorances, ses choix et ses rejets, ses réussites et  ses échecs… En tant qu’elle est fortement inscrite : elle existe ; elle est critiquable. Elle sera enrichie, réactualisée, dépassée. Puis elle finira par disparaître. Autrement dit, un art transe-mutant ne peut alimenter le fantasme de la gloire immortelle et de l’universalité. C’est un art d’ici et maintenant qui vise une liaison autant vitale qu’éphémère. C’est un art qui n’œuvre pas, mais seulement qui relie, et délie.
Je sens déjà mes propres mots vieillir ; transe… état de « grâce » lié aux mondes célestes-souterrains… Cette radicalité qui nous rend à notre souci d’être mortel, nous donne la possibilité de ne pas perdre le fil de la transmission, non pour la mémoire, mais pour le métier à tisser ; juste.

 

 

 

III-Politique/Ethique.

 

            Enfin, cet art est issu d’un mouvement de transe-mutation politique : entrelacement culturel, social et générationnel, comme manière de lier ce qui ne se lie pas habituellement. Transversale qui connecte aussi bien les morts et les vivants, que le ciel et la terre, et les points cardinaux ; entendez le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident.
Ainsi, je prends les sentiers non tracés du décloisonnement et de la décatégorisation, autant sur le plan social que culturel,  grâce à  la connaissance et le tissage.
Connaissance des milieux sociaux et des traditions culturelles, pour rendre nuls et non avenus les préjugés : culture de banlieue et révolte, culture bourgeoise et conservatisme, culture savante supérieure, culture populaire naïve… Tissage pour créer une convivialité, au-delà de la simple tolérance ou du respect conventionné.
 Par connaissance, j’entends la Torah, qui ne renvoie pas à l’entendement, mais à la pénétration des chaires. Par tissage, j’entends les sociétés animismes, qui ne renvoient pas aux mélanges, mais à la communauté réelle de destins. J’insiste sur cet aspect concret, car le décloisonnement n’est pas un principe, mais une épreuve physique quotidienne et intime, sans laquelle, il reste un mot vide à offrir à nos Ministères. C’est ainsi que la transversale devient une preuve vivante que la peur et le mépris, en fomentant l’isolement, passent à côté d’un mode de vie plus puissant.
 Mais si on regarde de plus près, on verra que les isolements se forment toujours pour fabriquer et conserver un pouvoir. Tentative de distinction pour aplanir, ou bien refouler, les manques et les doutes existentiels. Pouvoir fondé sur le mépris (dominants) et l’idéalisation (dominés). Système de pouvoir et de distinction, créateur d’identités forcées et donc forcément meurtrières. Par le décloisonnement, on sort de cet engrenage, et on accède à un partage qui permet de renouer avec son histoire en toutes ses parties et donc, avec son corps et son âme en toutes leurs parties. Connaître et tisser, c’est aimer, et relier les termes par désir. C’est le pouvoir de la transe-mutation et non l’identité du pouvoir. De là germera un fondement existentiel personnel et non point identitaire.
Si on se réfère aux concepts ontologiques de la transe-mutation, on dira que l’identité n’est pas dans le mouvement des modes, mais qu’elle est une entité en circuit fermé. En effet, à l’inverse du mode organique, elle veut produire une variable répétitive. Elle ne laissera pas apparaître un mode de tension et de risque, mais essayera au contraire d’homogénéiser ses parties. Au mode de circulation générale, elle préfèrera l´échange qui permet le contrôle des mouvements. Enfin, elle ne vise pas le renouvellement du mode créatif, mais l’autoréflexion qui assure la conscience de soi-même et la conservation de sa forme dans le temps et l’espace. L’identité est une entité en circuit fermé, car voulant exister en soi, elle ne transmet pas, mais s’autoproduit elle-même. Elle se crée et se pérennise sur le mode du pouvoir, qui assure sa distinction, sa propagation et sa conservation. Pouvoir et identité sont intrinsèquement liés jusqu’à se confondre presque, dans la mesure où l’identité génère le pouvoir et le pouvoir garantit  l’existence de l’identité. C’est pourquoi, dans une formule ramassée, je parle de l’identité du pouvoir. De là, on peut comprendre, que loin de nous rendre â notre souci d’être éphémère et à notre fondement existentiel, le mode du pouvoir nous jette dans le fantasme totalitaire et meurtrier de l’universalité et de l’immortalité.

            Je ne prétends pas inventer un nouveau système politique, mais creuser l’existence et plus précisément, la jouissance et l’apaisement ; la transe. Je propose le pari que ce mouvement politique de transe-mutation est un gain et non une perte d’existence : que l’on gagne à être ensemble plutôt que seul. Les modes d’organisation naîtront d’eux-mêmes. Et non l’inverse ! La volonté de fabriquer un système, avant même d’en éprouver la nécessité, est un symptôme majeur du manque existentiel qui s’engouffre dans les je(ux) du pouvoir et de l’identité. A contrario, creuser l’existence, implique une part d’inconnu, de chaos et de rien, qui sème la terreur dans nos habitudes identitaires, quelles que soient leurs complexités. On préfère  inventer un système et s’y conformer tant bien que mal, plutôt que de se laisser fracasser par notre doute existentiel, son appel d’air et son vertige. Se conformer avant même de désirer : le totalitarisme identitaire incite à la servitude volontaire, et la servitude volontaire est  toujours garante du fantasme identitaire. La servitude volontaire vaudra toujours mieux qu’une liberté involontaire. C’est ainsi que quand quelqu’un me demande ce que je propose, il est prêt à entendre n’importe quoi… plutôt que rien.

            Mais ce mouvement ne peut se faire sans la clairvoyance des rapports concrets de pouvoir. Cela demande un temps de réflexion et un effort de décryptage. Ce temps et cet effort s’appliquent autant à la sphère publique, qu’à la sphère privée. Dénouer nos conditionnements et nos peurs, et déjouer nos régressions de servitude volontaire et de victimisations masochistes qui en découlent, commence d’abord et avant tout, par la plongée  dans les mouvements de notre obscure intimité chargée d’histoires. De là, chacun pourra saisir que la politique, telle que je l’entends ici, se met en mouvement à partir de notre propre mutation intime.
Maintenant, on peut répondre à la question :

 

                                                   Pourquoi une compagnie ?

 

             Une compagnie est un espace où peut se créer cette convivialité transversale. C’est un mouvement politique microscopique, où nous prenons le pari de réussir ou rater (et souvent les deux) notre transe-mutation. Le but d’une compagnie de spectacle vivant, est que cette effervescence politique contamine le lieu de transmission au public. Le spectacle : c’est un mouvement de transe-mutation politique microscopique transféré sur une scène artistique.
Dans ce passage de la politique à l’esthétique, tout l’art consiste à mettre en abîme les codes de la représentation, de manière à réveiller les potentialités transe-mutantes du public. Le spectacle transe-mutant est politique non point dans le discours, mais dans ce rapport plus fondamental de transmission au public. Il vise l’onde originelle de transe-mutation en deçà de la représentation. Visée probablement jamais atteinte, car la transe-mutation pour l’essentiel, se cristallise hors d’un espace de représentation. L’art au mieux, est l’intuition fugitive d’une porte ouverte.
Cet espace de transversalité se rapproche de ce que Bastide nomme : acculturation. Choc culturel qui relie à sa propre mémoire et laisse émerger celles des autres en soi, faisant advenir un espace, une mémoire et une culture commune, inconnue jusqu’alors. Cette transversalité est  parfois si violente, que les compagnies artistiques explosent.
 Mais quel genre d’organisation ce microcosme invente-t-il, sachant que l’organisation elle-même émane de la transe-mutation ?
Réponse : l’art de la fugue.
 

 

 

 

IV-Art de la fugue

 

            En musique, la fugue est l’art d’entremêler plusieurs voix, sans perdre l’harmonisation et la dramatisation. Elle met les différentes voix en perspective (fugua : le point de fuite). Cela donne une construction colorée où chaque voix ressort, d’autant mieux qu’elle est intégrée au tout. Cet équilibre entre chaos et harmonie, architecture et multitude, donne une impression presque surnaturelle de transe-mutation des sons. L’art de la fugue, c’est l’art de tisser les forces en présence, de manière à créer une transe-mutation. En vérité : il n’y a rien à rajouter…

 

 

Maintenant que nous avons défini un projet, son état d’esprit et sa synergie, et les gens susceptibles d’y adhérer, revenons à la question en ces termes : quel genre d’organisation pourrait réaliser ce projet ?

Je m’appuierai sur l’analyse succincte de cinq types d’organisations déjà existantes ou qui ont existé. Cela aidera à préciser une forme possible d’organisation transe-mutante.

  1. Le marché avec son souci de rentabilité et d’individualisation est en soi contraire aux modes de la transe-mutation. Ceux-la tendent à une circulation hors marchande, et décentre l’individu en le rendant à ses multiples confluences et aux mondes célestes- souterrains .
  2. Le système hiérarchique (identitaire) ne correspond pas, dans la mesure où les pouvoirs et les identités sont affirmés : il n’y a aucun moyen de libérer les mémoires de l’acculturation et de creuser l’existence.
  3. Les totalitarismes visant l’expansion d’une idéologie, ils créent des appareils institutionnels de répression et de propagande, de manière à entretenir le cycle de la servitude volontaire. La transe-mutation politique au contraire, part du désir de chacun pour créer une organisation collective imprévisible. 
  4. La démocratie, de par la scission entre les élus et les électeurs, et entre les citoyens, ne peut permettre l’émergence physique des multiples confluences.

 

 

Commentaire des Systèmes 

On remarquera que ces systèmes se recoupent et se complètent. En effet, dans notre démocratie à suffrage universelle, le marché va dans le sens de la scission démocratique, car la valeur marchande se fait aussi sur une scission : découpage de l’animé en inanimé, et  dévitalisation générale. Il va de soi que cette scission ne favorise pas l’émergence de l’acculturation et des confluences, mais bien au contraire, enferme dans l’engrenage de l’identité, ce qui génère un système hiérarchique de distinction et de pouvoir. De là les entités fragmentées, n’ayant plus d’onde originelle, vont entretenir une idéologie de masse qui suppléera à l’absence de liens, en assurant une cohérence collective réduite au minimum. Le totalitarisme est alors le système providentiel. D’une part il ne vient pas d’une identité particulière, mais du besoin de toutes les identités de former un tout : il est voulu par tous. D’autre part, il frustre les identités en leur imposant une homogénéité minimum, sans laquelle il n’y a pas de cohérence possible : tous doivent lui être soumis. Voulu et soumis : le cycle de la servitude volontaire est née. Mais qu’est ce qui pourrait bien unir des identités qui veulent rester séparées ? Pour ça, il faut que cette union soit suffisamment formelle et minimum, pour ne contenir aucun ersatz d’identité. Eh bien mutatis mutandis : c’est la séparation elle-même qui fera l’union ! Or précisément, le marché ne se préoccupant pas des identités, mais seulement du découpage, il sera le seul système d’union acceptable par tous. Et la démocratie sera ainsi reconduite, puisque celle-ci assure la scission des identités et la soumission volontaire à cette scission. La boucle est bouclée ! En toute logique, notre démocratie à suffrage universelle devrait donc se nommer : démocratie-marchande-identitaire-totalitaire. On a démontré que ces termes font partie de la même chaîne, et n’ont rien de contradictoire. Résultat de cette logique : choc entre affirmations identitaires et  homogénéisation totalitaire. Choc permanent car voulu volontairement. Coût de cette logique : dévitalisation générale et folies meurtrières. Nous sommes loin de la confluence et du « creuser l’existence » de la transe-mutation.

 

  1. L’anarchie semble plus proche en ce qu’elle a pu réunir les gens spontanément et réaliser tout aussi spontanément, une organisation efficace. Mais sa mort rapide pendant la guerre (Espagne, 1936-38) et la commune de Paris (1871-72), demande une réflexion plus précise en ce qui concerne sa capacité de fédéralisation, d’adaptation et de réalisation à long terme.

On constate qu’aucun des systèmes cités ne convient au mouvement de la transe-mutation. Et pour cause : la transe-mutation ne se pense ni ne se réalise par un système, et qui plus est un système déjà existant ! Ce détour nous aura permis de revenir et de chercher les solutions dans la transe-mutation elle-même. A ce stade, la question n’est plus : quel genre d’organisation peut convenir, mais : d’où provient l’autorité qui engagera un mouvement de transe-mutation qui par la suite, donnera de lui-même son organisation ?
       L’autorité est un repère qui permet aux  entités en voie de transe-mutation de se rassembler et de former un mouvement concret. C’est avant tout un mouvement synergique. Mais l’autorité ne naît pas d’elle-même : elle naît de la reconnaissance des autres. C’est de cette légitimité que provient l’autorité. L’autorité n’est donc  pas un pouvoir, mais la forme vivante et directe de la légitimité ; sans passer pas un système. Elle naît de la légitimité dont elle est une émanation proportionnelle. Maintenant que l’on sait d’où vient l’autorité, la question est : d’où vient la légitimité ?
            Nous avons compris qu’il ne fallait pas chercher dans un système, mais toujours dans la transe-mutation elle-même. La légitimité serait ainsi une émanation et une réalisation directes de l’ontologie. En un mot, elle serait l’état de transe-mutation en acte. Tout comme l’autorité naît de la légitimité, la légitimité naît de la transe-mutation, dont elle est une émanation proportionnelle. Elle n’est donc pas une stratégie de représentation, mais un mouvement d’être. Non point l’hypnotisme d’une propagande, mais une aura reconnue. La transe-mutation est la source de toute légitimité et de toute autorité. Elle donne l’intensité de l’aura et la concentration de la synergie.
En somme, l’autorité et la légitimité ne sont  rien d’autre que  le mouvement de transe-mutation lui-même ! Le mouvement politique de transe-mutation, ce sont des entités qui se reconnaissent et se rassemblent, en vue de poursuivre leur propre transe-mutation. Cette dernière en effet, en tant que mode de transmission, se relie à d’autres entités dans le même mouvement, entraînant inévitablement reconnaissance mutuelle et synergie. Au fond, toute coercition ne vient pas d’un manque d’autorité ou de légitimité, mais d’une maladie de la transmission et de l’identité, i.e, d’une absence de transe-mutation. Dans la figure de la transe-mutation, le mouvement intérieur est concomitant au mouvement politique. La question n’est plus : quel genre d’organisation pourrait réaliser le projet de transe-mutation, mais inversement : le mouvement de transe-mutation donne naissance à quel type d’organisation ? 
Ayant compris que les réponses viennent de la transe-mutation elle-même, je commencerai à répondre à la question par un commentaire du ´´Commentaire des systèmes´´, vu de l’ontologie (théorème, propriétés et axiome) :

 

De l’autre coté du Commentaire des Systèmes

Dans le mouvement de transe-mutation, il n’y a pas de scission, qu’elle soit démocratique ou marchande, mais au contraire, une interpénétration d’éléments en confluence. Pas de fabrication sujet et objet, ni de différence de nature entre l’animé et l’inanimé, mais une circulation générale entre les mondes et les entités. Circulation qui permet aux rencontres de laisser émerger les mémoires de l’acculturation. En se décloisonnant de la sorte, le mouvement de transe-mutation sort de l’engrenage identitaire et de son système hiérarchique de distinction et de pouvoir. De là, les entités ainsi reliées en mouvement d’onde originelle, peuvent se passer des idéologies supplétives, et créer leur propre organisation en toute cohérence. Cette cohérence ne vient donc pas de l’affirmation d’une identité particulière, mais d’un désir de transe-mutation qui implique les entités dans leur ensemble. N’ayant aucune scission entre les entités, il n’y a aucun besoin d’union par la séparation et de la soumission volontaire qui découle de cette union formelle. Pas d’homogénéité minimum, mais au contraire des chocs de confluences multiples non formatées. Chocs qui ne sont pas dus à des affirmations identitaires de pouvoir, mais à des rencontres profondes et tumultueuses, génératrices de déplacements et de synergie. Déplacements d’autant plus créateurs, qu’ils sont issus de notre propre désir de transe-mutation. Mouvement général qui, en nous reliant aux autres et aux mondes, nous relie à notre inspiration d’être mortel, et ainsi, nous revitalise.

 

Je peux maintenant décrire l’organisation générée par le mouvement de transe-mutation par ces trois termes : En relief, fluctuant, kaléidoscopique.

Imaginer une organisation en fonction du relief, me permet d’échapper à une pensée politique conceptuelle qui catégorise et invente des valeurs. En effet, l’espace terrestre existe déjà, et personne ne peut prétendre qu’une montagne vaut plus qu’un océan. Une vallée, une montagne et un plateau coexistent et forment d’eux-mêmes un écosystème. Ces reliefs trouvent d’eux-mêmes une complémentarité naturelle, sans avoir besoin d’inventer un troisième terme qui les relierait. L’organisation transe-mutante est sous  le signe du relief, en ce sens, qu’il n’y a pas de hiérarchie fabriquée, mais une complémentarité naturelle entre les reliefs.
 Mais le relief se meut sans cesse. Même les plaques continentales changent de forme. Aujourd’hui montagne, demain océan, aujourd’hui ici, demain ailleurs, aujourd’hui maître, demain élève. Pas de congélation éternelle, mais de la structuration permanente. La complémentarité est en constante évolution ; elle fluctue. L’organisation transe-mutante est issue de ce mouvement fluctuant qui engendre de perpétuelles nouvelles configurations de reliefs complémentaires.
Cela donne à notre organisation une forme kaléidoscopique, qui change et s’adapte en fonction du terrain et des variations de température. Ces formes éphémères, multiples et improbables, viennent aussi bien du rapport interne des entités entre elles, que de l’ensemble des entités dans un environnement particulier. Autrement dit, l’organisation réagit et se reconfigure aussi bien selon les personnes qui constituent l’ensemble, que selon le contexte politique, social, économique et technique. 
Si on relie les termes précédents, on peut dire : le mouvement politique de transe-mutation est une confluence d’entités singulières en transe-mutation. Cela signifie que l’autorité et la légitimité d’une entité sont proportionnelles à sa transe-mutation, à l’instar de son relief, sa fluctuance et sa forme. C’est ainsi qu’elle prend place au fonctionnement de l’ensemble dans une complémentarité, et non point pour remplir une fonction prédéfinie.

 La place résume bien ce mouvement. Elle comprend à la fois les notions de singularité, de relief et de complémentarité. En effet, une entité singulière prend place lorsqu’elle entre en complémentarité avec les autres entités. Elle peut alors prendre l’espace de son propre domaine (relief), où elle est légitimée et fait autorité. Domaine dans lequel elle sera décisionnaire et consultative, car de l’autorité provient la décision, force synergique, et de la légitimité provient la consultation, force de complémentarité. Cette alliance de places, de domaines et de forces complémentaires définie une organisation ou plus précisément : un champ.
On peut maintenant aborder la notion de chef. En fonction de ce qui a été décrit, on déduira facilement qu’un chef n’implique aucune valeur hiérarchique. C’est une confluence particulière, qui naît naturellement d’une synergie et d’une aura, et répond aux mêmes exigences de décision et de consultation que  tout autre confluence. On peut ajouter que la place d’un chef n’est pas figée ni prédéfinie, mais comme toutes les autres places : elle fluctue, se déplace et se transforme. Il n’y a donc pas de subordination, mais un champ de transe-mutation où le désir circule, et non le « subir ». De même, à l’égalité et à l’individualité, s’est substitué le jeu d’alliances de forces complémentaires.
            A la question : Quel type d’organisation génère le mouvement transe-mutant ? On répond : Le mouvement de  transe-mutation est généré par des entités singulières en confluence, dont l’autorité et la légitimité sont proportionnelles à leur transe-mutation, à l’instar de leur relief, de leur fluctuance et de leur forme. Il s’opère un jeu de places, d’alliances et de forces complémentaires, où chacun en son domaine est décisionnaire et consultatif. En un mot, la seule organisation générée par le mouvement politique de la transe-mutation et en cohérence avec ses fondements ontologiques a pour nom : champ de transe-mutation.

 

            Concernant une compagnie artistique dans le contexte actuel, on peut s’amuser à distinguer plusieurs domaines, sachant que le champ de transe-mutation implique un enchevêtrement et une mobilité permanente de ces catégories, qui peuvent disparaître, renaître, se multiplier ou se concentrer de manière kaléidoscopique

 

Passer du champ lyrique de la transe-mutation à l’énumération gestionnaire de l’organisation d’une compagnie a toujours un effet comique de glaciation. Pourtant la transe-mutation est vouée à s’inoculer dans  toutes les couches et les contextes. Ce mouvement se déploie aussi bien dans les régions de l’ontologie, que dans celles de la gestion, sans que la cohérence ne soit rompue. Au contraire, l’expérience m’a démontré qu’une organisation dépend de l’esprit avec lequel elle se fait. Il n’y a pas de rupture et de différence de nature entre un mouvement politique et sa gestion. Et lorsque j’entends dire que la réalité vient contredire les bonnes intentions du départ, je remarque seulement que rien n’a plus de mauvaise foi que les bonnes intentions. Une gestion qui dérape, signifie soit que l’esprit de départ n’est pas suffisamment approfondi, soit que les passages de l’esprit à son organisation pratique ne sont pas assez cohérents. Ces dérapages inévitables sont nécessaires pour connaître sa propre configuration et celle du contexte. A partir de ces obstacles, on peut élaborer une stratégie.
 La stratégie, c’est le mouvement de transe-mutation qui se déploie sur le terrain dans un contexte ou une situation donnés. Elle est le résultat du mouvement d’un ensemble d’entités en confluence. C’est le mot qui désigne le jeu d’alliances des forces dans le domaine de la gestion. Elle n’appartient donc à personne en particulier, mais chacun prend place dans son mouvement. Ainsi, chacun se place selon son relief de compétences et d’expériences, mais surtout selon sa disponibilité.
En effet, la disponibilité de temps, de corps et d’esprit est le moteur du mouvement d’ensemble. C’est l’indice de présence et d’implication à partir duquel s’élaborent des stratégies. De là seulement, on peut établir une gestion du temps et des domaines : priorités, évolution, précision des tâches…
 Mais cela implique que chacun connaisse les limites de son propre domaine, et qu’il soit donc apte à déléguer ce qu’il peut ou ne sait pas faire. Ce sens de la délégation commence d’exister lorsqu’on connaît la fois l’ensemble, le terrain et soi-même. C’est le mot qui désigne la complémentarité dans le domaine de la gestion.
            Mais il est un liant invisible sans lequel rien ne se fait : la confiance. Aucune organisation ou gestion ne prendra forme sans elle. Ce n’est pas une affaire de preuves. La preuve rassure (éventuellement…), mais elle ne permettra jamais une stratégie d’envergure. La confiance est une conjonction de certitudes et de désirs, une reconnaissance des uns envers les autres. C’est une matière impalpable qui décide du degré de disponibilité. C’est ce que j’appelle le bain : atmosphère générale qui inspire les solutions, les initiatives et donne de la persévérance, voire même du génie.
Mais au fond, la confiance prend racine dans sa propre transe-mutation. Plus cette dernière se déplie, plus la confiance en soi et la nécessité de se relier aux autres se fait jour. Sa propre transe-mutation et celle plus générale d’un groupe, génèrent d’elles-mêmes l’aura et la confiance qui charrieront les êtres et les choses.

 

            Mais pour que pour que les êtres et les choses soient charriables, encore faut-il dénouer les  inerties. Entendons par inertie : ce qui est  « sans art » et qui va à l’encontre de l’art de la fugue, voire tente de le détruire. J’ai pu repérer dix inerties qui envahissent compulsivement la compagnie, entravant tout mouvement de transe-mutation.

  1. La plainte perpétuelle : victoire du subir contre le désir.
  2. L’autojustification : victoire du moi et de ses représentations. Aucune évolution possible et pas de travail au-delà des limites du moi.
  3. La culpabilité : obsession de la faute. Une autre forme du subir.
  4. Le bouc émissaire : culpabilité agressive et inversée, avec dénégation de sa propre action (´´Moi, j’y suis pour rien…´´).
  5. La paranoïa : délire du seul contre tous qui met tout en place réaliser ce délire de persécution, bien entendu sans s’en rendre compte. Rupture de liens.
  6. L’accumulation : incapacité de communiquer et de dénouer des tensions, aboutissant à une explosion dangereuse et démesurée. Rupture de liens.
  7. L’indécision : manque d’engagement et vide intérieur qui, par souci de préservation égotique, s’en remet à l’autre, n’engageant rien de lui-même. Cela produit à la fois de la révolte (´´on a décidé à ma place´´) et de l’instabilité (´´je suis là mais pas là´´).
  8. Vouloir être partout : toute puissance et manque de confiance. Comme il est impossible d’être partout, cette tentative amène frustration («  j’arrive pas à tout contrôler »), paranoïa (« ils continuent exprès sans moi »), culpabilité (« j’y étais pas, c’est ma faute… ») et finalement autodépréciation («  je vaux rien »).
  9. Refus : se joue dans le refus, soit une peur personnelle ou une histoire personnelle avec le groupe, soit une non reconnaissance de l’autorité ou de l’ontologie, soit encore est-ce l’expression d’une plainte exacerbée. Dans le premier cas, le refus vient de son propre moi. Dans le deuxième cas, cela pose la question de sa propre confiance en le transe-mutation. Dans le dernier cas, cela revient à la victoire du subir contre le désir.
  10. Retards et autres disfonctionnements : hormis les véritables et nombreux problèmes de logistique, le retard systématique durant le travail, crée une attente et un déséquilibre qui exacerbent les tensions, et cherche même à  les créer. C’est une forme de refus et d’indécision menant à la culpabilité (chérie ?).

 

 

Porter un mouvement signifie aussi prendre conscience, mesurer et trouver le remède à ces inerties que nous portons. Chaque fois qu’une inertie entre en jeu : elle affaiblit. Restons vigilants pendant nos rendez-vous (répétition, spectacles, réunions, voyages) qui sont des moments privilégiés, et finalement fragiles. C’est à chacun de préserver ces moments, en les investissant d’attention et de désir.
En fin de compte, les inerties se réduisent à deux réalités : l’égo et la peur. Précisément ce que la transe-mutation est censé délier! Quel heureux hasard…                       
On pourrait peut-être, à chaque plainte ou colère, éclaircir nos peurs et notre égo en nous tournant sept fois l’esprit dans la cervelle : « Est-ce la bonne cible ? Est-ce le bon lieu ? Est-ce le bon moment ?  Qu’est-ce que ça essaie de dire ? D’où ça vient ? »
Mais bien sur, devant la répétition des inerties, on finit par se demander si on n’en tire pas un plaisir certain… Jouissance de la servitude volontaire. Jouir du subir. Combien de temps préfèreras-tu répéter inlassablement, plutôt que de tenter l’inconnu absolu ? Quand relèveras-tu le défi de la transe-mutation ? Mais cela concerne chacun d’entre nous en notre intimité profonde et secrète ; et nul ne saurait jugé et ne sera jugé

Toujours pour porter le mouvement, on constate que répétitions et spectacles ne suffisent pas. Au contraire, si on en reste là : la dynamique s’éteint. Le professionnel qui n’investie rien d’autre que ses compétences, toujours s’essouffle ou prend peur quand il faut approfondir le vrai mouvement. Ce mouvement qui ne se trouve ni dans les compétences, ni dans la personnalité, et encore moins dans l’expérience ou le talent. Le professionnel d’aujourd’hui est un pur produit d’entreprise, très bien formaté pour la performance, la scène et la vitrine culturelle et médiatique. Il préfèrera toujours l’argent et la mise en valeur narcissique de la représentation à l’aventure transe mutante, tout en proclamant avec un soupir entendu, que lui aussi un jour il a expérimenté… C’est pourquoi, en plus des spectacles et des répétitions les rendez-vous comprennent des réunions, des voyages et des rencontres. C’est un temps indispensable de tout et de rien, où les malentendus se dénouent et où la confiance renoue. Un temps pour éprouver la ténacité et élaborer les stratégies. Un temps pour que le bain prenne…

            Enfin, deux forces peuvent sembler destructrices, alors qu’en réalité elles sont essentielles et fructueuses : le doute et la critique.

 

Etant un art de transmission, le spectacle et la pédagogie sont les véhicules principaux pour se relier à la sphère publique. Ce désir de toucher le plus grand nombre possible, influence profondément l’art lui-même, tant dans sa conception que dans la forme des spectacles.
 Cela se ressent par le fait que la compagnie s’adapte aux moyens du bord et à la réalité de terrain. Cette attitude du trois fois rien, nous permet de jouer dans des lieux et des circonstances improbables et de toucher ainsi différents publics. Nous sommes loin de l’esthétique minimaliste de bon goût, ou d’un art de rue déjà bien formaté, ou encore du social-culturel démagogique. Juste la poésie du bricolage et de l’inattendu.
Cela se ressent aussi par l’explosion d’une énergie rituelle, festive et spectaculaire. Ce sens du spectacle, c’est le miel. Faire passer ainsi subrepticement des messages, qui autrement dérangeraient. C’est tout l’art de l’humour ; miel de qualité supérieur, s’il en est ; sous la mélodie enchanteresse, les dissonances...
                                   Cette stratégie du spectacle, dont Mozart est un des grands maîtres, je la nomme mine de rien. Plutôt que d’agresser le public de liaisons inhabituelles et de plongées dans les profondeurs, je superpose les significations et les rythmes, de manière à ce que le public ne reçoive que ce qu’il est capable de recevoir, mais avec ce léger sentiment qu’il a été dépassé et qu’il y avait, peut-être, quelque chose derrière… Ce subtil effeuillage, je l’appelle la stratégie des couches au sens géologique : du plus nouveau au plus ancien, du superficiel au profond. Transe-mutation pédagogique, bien loin de l’art pour l’art.
                        Enfin, ce qui rend accessible cet art, c’est aussi la pédagogie, à travers des formations (cours, stages, rencontres…). Cette transmission pédagogique est absolument essentielle, et doit pouvoir comprendre tous les niveaux et tous les genres : éveiller chaque être par le geste, le son, la couleur, la saveur et le mot.
             Un cours est un moment intime où l’élève est prêt à recevoir ce qu’il ne trouve pas ailleurs. Cela peut devenir un besoin, et s’inscrire profondément et durablement dans sa recherche et dans sa vie. Le cours n’est pas seulement un lieu d’apprentissage et de technique, mais avant tout un lieu de transe-mutation. C’est la maïeutique telle que l’entendait Socrate : accoucher d’une vérité. Sans cette exigence, on ne peut que reproduire de l’académisme et du commercial. Le professeur fait le lien entre l’ontologie transe-mutatante et les élèves. Il est de sa vocation de tenir ce lien vivant et accessible.
            On peut se demander alors : quel doit être le bagage d’un professeur de transe-mutant ?
            Il n’existe pas de réponse, tant les bagages varient selon la personne et la situation. Là encore, il s’agit de penser en relief, fluctuance et kaléidoscope. Mais quel que soit le bagage et la situation, c’est de sa propre transe-mutation que viendra le charisme nécessaire pour la transmission. Probablement que le travail, les voyages, la maturité et une inlassable curiosité en tous les domaines, sont à mêmes de favoriser l’émergence du sens profond de l’art transe-mutant ; mais rien ne le garantit.
On aura compris qu’il ne faut pas attendre d’avoir « la formation complète et idéale » pour transmettre : elle n’existe pas. Comme les spectacles, il faut se jeter dedans…

 

            En ce qui concerne la compagnie actuelle, nous avons défini nos priorités de formation comme suit :

Assimilation de :                - l’échauffement
                                            - les trois barres techniques
                                            - les trois katas de base

Travail poussé sur :             - la forme
                                            - l’intériorisation (improvisations, exercices…)

Une pratique des styles :      - indien
                                             - afro
                                             - arts martiaux
                                             - acrobaties
                                             - moderne (Graham)
                                             - classique
                                             - bûto

Une pratique musicale :       - chant
                                              - percussions

Une expérience dans la compagnie : - le laboratoire de création
                                                            - les chorégraphies
                                                            - la scène
                                                            - l’aventure humaine et structurelle (gestion)

 

Le lien avec le public passe par un espace de diffusion (privée ou publique). Cet espace est géré par ses propres lois administratives, juridiques, relationnelles, de jugement, de goût et de mode.
Pour ce qui est du spectacle vivant, cet espace est relativement incontournable. Mais si on veut y avoir accès, c’est se précipiter dans une arène labyrinthique, où il faut trouver les « bonnes personnes » ; saisir et créer les opportunités. Outre de la patience et de l’acharnement, il faut posséder une bonne base :

 

 

Toutes ces recherches doivent être priorisées et peu à peu internationalisées. Rien ne dit que les « bonnes personnes » ou les lieux propices soient dans l’hexagone. Il faut pouvoir progressivement délocaliser et diversifier, autant dans le style et les territoires, que dans le marché lui-même (privé…).
Ici aussi, il faut faire preuve de créativité et d’initiative. Les études de marché sont aussi importantes que l’audace et l’intuition.

 

La priorité est relativement simple : diffusion.

 

                              Mais quelles que soient nos stratégies et nos compromis, elles doivent rester cohérentes avec l’esprit et les fondements de la transe-mutation. S’il y a un moment et un lieu qui doivent rester sans compromis c’est le spectacle. On peut bien discuter l’origine de l’argent, les demandes qui accompagnent les spectacles, les compromis socioculturels et autres…mais la teneur du spectacle est indiscutable. Il est possible d’accepter un cadre imposé (effectif, argent, condition…) et de modifier une création, tant que le message final reste en notre pouvoir. C’est la limite absolue.
                        Enfin, en entrant dans le marché, on doit garder en tête que toute transaction est un échange et non un service rendu ou une faveur. De même, ce que j’appelle « les bonnes personnes » gagneront à rentrer en relation avec nous, quel qu’en soit le plan : image, gloire, argent, curiosité ou peut-être même intérêt profond et partage esthétique, idéologique ou autres. Autrement dit il ne faut en aucun cas dévaloriser notre travail artistique, ainsi que sa portée actuelle et future. Cette valorisation sera d’autant plus juste et imposante qu’elle sera consciente et authentique.
                        Enfin, rappelons que chaque collaboration prend effectivité à partir du moment où il y a contrat. Le contrat est ce qui lie officiellement et concrètement les parties. Cette procédure est le pas symbolique et contraignant que nos sociétés reconnaissent. Elle implique le respect de ce qui est énoncé par des obligations contrôlées par la loi. C’est pourquoi en tant qu’engagement moral et concret, officiellement reconnu par tous dans nos sociétés, le contrat sera la marque officielle de nos engagements. Chaque contrat est à élaborer selon le domaine et le statut : une entreprise, un intervenant, un collaborateur, un artiste régulier…
Il doit être élaboré dans un souci d’équité, de reconnaissance mutuelle et en vue de l’accomplissement du projet artistique.

 

 

Conclusion

 

                                  

Je peux l’affirmer sans hésiter : on compte sur nous ! Oui, les transe-mutants sont attendus ! Ils sont issus de la brûlante actualité, mais surtout ils y répondent ! Et ils y répondent avec originalité, conscience et justesse, en un mot : avec style ! Oui nous sommes hors normes, différents, apatrides, exilés, écorchés vifs, furieux, révoltés, bizarres, joyeux et sombres… Oui nous faisons tous des erreurs, nous avons tous nos graves défauts et nos folies furieuses… Mais il y a une chose que nous avons et qui vaut tout l’or du monde : c’est le cœur et la rage. C’est ce que je nomme :le sens de la vocation.

                                  

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